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Onomatopées autour du monde

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Vitrine en Italie, photo Wikipedia

Horlogerie en Italie, photo Wikipedia

En terra incognita, sans connaissances linguistiques, nous voilà nus comme des vers et réduits à communiquer à travers signes, gesticulations, petits dessins et onomatopées. Un vrai comic strip, on y vient faire des bulles, des SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! comme chanteraient Gainsbourg et Bardot. Mais se faire comprendre sans parler un traître mot de la langue locale n’est pas une mince affaire, surtout quand on sait ou finit par comprendre que lesdites onomatopées (du grec onoma, nom, et poiein, créer) sont différentes dans chaque pays.

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Aime ta ville et ta ville t’aimera

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En ces temps de crise, une des grandes tendances du tourisme est la redécouverte de l’exotisme at home. Pas assez de sous pour partir loin? Aucun problème, puisez dans vos ressources régionalistes et partez à la (re)découverte de votre ville. Pour peu qu’elle soit natale, vous voilà la mine défaite, les yeux battus…quelle punition de rester chez soi, penserez-vous peut-être. Fi de la grisaille, lancez-vous dans une expédition ethnologique du proche, faites de votre chez-vous un terrain d’études.

tripwolf dispose depuis quelques mois déjà d’un petit outil très pratique – le plan de voyage. Après avoir choisi quelques lieux, cafés, restaurants dans une ville précise, voire ajouté vos découvertes persos, vous obtenez un itinéraire prêt à imprimer et à partager sur facebook, twitter et consorts.

Au lieu de prêcher la bonne parole en me tournant les pouces, j’ai testé mes capacités à trouver l’excitant dans le plus que connu et passé ma ville-berceau, la grisonnante Paris, au filtre japonais. Aussitôt dit, aussitôt fait,  pour tous les utilisateurs tripwolf, voici un itinéraire « Japon à Paris » concocté par l’auteure de ces mots.

Je ne suis pas le seul larron à avoir saisi l’occasion, d’autres blogueurs tripwolf ont créé des plans de voyage. Pour ne citer que quelques exemples: Eva (IEatMyPigeon), qui a vécu deux ans à Kyoto, nous fait part ici d’une route rando pas comme les autres dans la préfecture de Hyogo au Japon – le long d’une voie ferrée abandonnée… Cristina, notre experte fooding, explore quant à elle les cuisines mexicaines de Chicago. Sans oublier Annette, journaliste en Inde, qui s’est courageusement dévouée pour dénicher les meilleurs curries de New Delhi, sa ville d’adoption. Et pour finir sur une note maltée, voilà Adena et ses découvertes dans les brasseries tradi du Vermont.

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L’autre Vancouver

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Merci à Haidegger

Merci à Haidegger

Que faire à Vancouver en dehors des jeux? Vous avez déjà peut-être accompli la prouesse de trouver un vol à peu près abordable et acheté vos billets pour les J.O. d’hiver. Mais vos journées canadiennes ne vont (heureusement) pas se résumer à des allers-retours entre les lieux de compétition et votre chambre d’hôtel…que vous n’avez pas encore trouvée ?

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En route sur la Costa Brava: Cadaqués

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Cheminer dans les pas de Dali…Si vous pensez à vous échapper à Barcelone en ce trop froid début d’année et êtes décidé(e) à vous accorder quelques jours de liberté, prenez le temps de longer la Costa Brava et découvrir les endroits préférés de Dalí. Disparues les caravanes de hippies enfumés en partance vers le nord de la péninsule, mus par leur admiration pour le plus grand des surréalistes: pour profiter de l’aventure, la solution la plus confortable reste de louer une voiture. Arrêtez-vous à l’envi dans les petits villages le long de la mer, serrez le frein à main pour assouvir une envie subite de tapas, ou roulez vers le Musée Dalí de Figueres.

Merci à Ela2007

Merci à Ela2007

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Addiopizzo en Sicile, le voyage anti-mafia

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Cefalu, Sicile par M2m sur Wikipedia

Cefalu, Sicile par M2m sur Wikipedia

Nous voilà partis pour une nouvelle année, et les prochains rudes mois d’hiver nous attendent au tournant. Vous n’y pensez peut-être pas encore, occupés que vous êtes à retrouver un rythme de travail correct, oublier les fastes gastriques des derniers jours et manger votre énième part de galette; pourtant vous pourriez adoucir votre hiver le temps d’un weekend en Sicile et profiter des 15°C qui réchauffent les bourgeons des amandiers et citronniers de Palerme

Après quatre heures de vol, débarquement à l’aéroport international Falcone-Borsellino, commémoration surprenante des deux juges anti-mafia assassinés en 1992. Le ton est donné, mettre un pied à Palerme, c’est pénétrer le territoire de la Cosa Nostra. Le chef-lieu sicilien est bel et bien contrôlé par la Pieuvre, qui relève un impôt, le pizzo, sur tous les commerces et entreprises de l’île, tout vendeur à la sauvette ou immigré chinois. Un restaurant palermitain livre autour de 500 euros par mois au préleveur de sa zone, s’engage à aider dans des affaires mafieuses, employer des « amis » et rendre multiples services, sous peine de menaces de mort ou de ruine. En 2004 pourtant, une association de lutte, menée par 7 jeunes amis palermitains s’est formée: Addiopizzo (adieu à l’impôt) a eu le courage de refuser la soumission et l’endormissement.

Un peuple entier qui paye le pizzo est un peuple sans dignité

Un peuple entier qui paye le pizzo est un peuple sans dignité

Aujourd’hui, 6 ans plus tard, 400 commerçants et entrepreneurs décidés à ne pas payer la dîme se sont réunis autour du comité. Le nombre restreint de partisans malgré les années laisse deviner le courage et la détermination nécessaires pour échapper à ce racket tentaculaire. Consommer exclusivement chez ces résistants, c’est encourager la lutte et refuser de participer économiquement au crime organisé.

Touriste responsable et concerné, contactez Addiopizzo Travel par email, et profitez d’une visite de Palerme en version mafia-free. Vous pouvez décider de séjourner dans des hôtels, auberges et bed & breakfast agréés par l’association en consultant la liste des sympathisants ici. Le réseau s’est étendu dans toute l’île, et vous pourrez aller explorer la région des vignobles autour de Corleone, la ville médiévale de Caccamo, les plages idylliques de Mondello ou la cathédrale normando-mauresque (!) de Monreale sans voir un seul de vos cents atterrir dans les caisses de la mafia.

Et si une de nos résolutions 2010 était de voyager responsable – allons chercher un peu plus de sagesse dans la patrie d’Archimède

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Ski en Géorgie

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Gudauri, photo Wikipedia

Gudauri, photo Wikipedia

Peur de rester coincé(e) dans l’Eurostar? Plus tellement envie de vous enraciner sur le quai du RER A en partance avortée pour Marne-la-Vallée – cette année vous renoncerez donc au réveillon chez Mickey? Pas de panique, voilà la solution pour retrouver au moins autant d’exotisme que chez nos voisins de la perfide Albion et de chaleur que dans les bras en mousse polyuréthane de Minnie: une escapade sur les pistes de ski de Géorgie.

Tablez sur un enneigement parfait et envolez-vous vers Tbilissi, la capitale de ce pays au coeur du Caucase. Les conflits ossètes de l’été dernier ne vous ont certainement pas échappé, le pays mérite pourtant d’être connu autrement qu’à travers ses problèmes territoriaux. La montagneuse Géorgie, Sakartvelo en géorgien, que l’on s’imagine volontiers rude et glaciale, est zébrée de nombreux cours d’eau et jouit d’une ouverture sur la Mer Noire – le climat subtropical (!), qui fait fleurir orangers et palmiers à la station balnéaire de Batoumi, en a fait une destination phare à l’ère soviétique. Une petite fable est volontiers racontée aux visiteurs en Géorgie – un jour que Dieu partageait le monde entre tous les peuples de la Terre, seuls les Géorgiens manquaient à l’appel, occupés à boire et manger de tout leur soûl. Enfin arrivés auprès de Dieu, et dépités d’apprendre que toutes les contrées du monde avaient déjà été distribuées, ils répondirent qu’ils n’avaient dîné et trinqué qu’en l’honneur du Tout-Puissant. Dieu, flatté de tant d’égards, céda aux Géorgiens le petit morceau de Terre qu’il s’était réservé.

Mais la région la plus fascinante du pays en saison froide reste le Grand Caucase, où sont enclavées les stations d’héliski de Gudauri et Bakuriani, à deux heures en voiture de Tbilissi. La Géorgie a posé sa candidature pour l’organisation des J.O. d’hiver 2014, et bien que supplantée par la Russie, elle propose toujours son manteau de neige de 2m et ses pistes larges et interminables. Gudauri se trouve à 2150 m d’altitude et propose 4 pistes de 18 km aux plus aventureux. Déposés en hélicoptère en haut des pistes – jusqu’à 3800m… – les skieurs et leurs guides sont projetés dans un véritable kaléidoscope de sensations fortes: tourbillon de poudreuse soufflée par l’hélicoptère, joues fouettées par l’air chargé de neige, et poussée d’adrénaline pour une descente vertigineuse. Cette expérience extrême reste néanmoins l’apanage des skieurs expérimentés, les plus frileux pourront profiter du reste de la station.

Héliski, photo Wikipedia

Héliski, photo Wikipedia

Sécurité et professionnalisme sont les maîtres mots à Gudauri. Depuis 1989, la station s’est équipée d’hélicoptères autrichiens et suisses, chaque engin étant toujours conduit par deux pilotes expérimentés. La situation météorologique est surveillée en permanence, toutes les pistes (rouges, bleues et noires) sont soigneusement aménagées et certifiées FIS, tandis qu’une dizaine d’hôtels (de haut de gamme jusqu’à petit budget) accueillent familles et skieurs épuisés après une journée sur les sommets. Il faut compter environ 85 € pour un forfait héliski d’une journée, mais les prix de location de matériel, d’hébergement et la restauration sont tout à fait abordables.

La Géorgie est un pays étonnant, comme en témoigne le dernier livre de l’agence Magnum Photos, Georgian spring, publié il y a quelques mois. À défaut d’être votre lecture de voyage ce mois-ci, ce journal photo reste un beau cadeau…

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Graffiti à Buenos Aires: le vent en poupe

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par welsh boy

photo par welsh boy

La crise économique massive essuyée par l’Argentine à la fin des années 90 a nourri de son lait amer les graffeurs jusqu’alors plutôt timides de Buenos Aires. Les « crews » se sont formés dans le chaos ambiant – l’inconfort du quotidien, la dureté au logis ont fait des rues de la capitale un véritable forum, un épicentre de l’interaction sociale. Car c’est bien dehors que l’on faisait la queue devant les magasins exsangues et sur les façades des banques que l’on exprimait sa rage. La jeune scène alternative argentine est donc sortie de son nid et s’est attaqué aux murs de la ville, murs des lamentations. La police n’a montré à l’époque que peu de résistance face au vandalisme artistique qui s’appropriait l’espace public. Depuis, la créativité des graffeurs argentins n’a pas fléchi, loin de s’émouvoir de l’agressivité nouvelle des forces de l’ordre.

par sven

photo par sven

Jugez-en par vous-même et laissez-vous guider par le collectif anglais Graffitimundo le temps d’une visite décalée: rasez les murs, découvrez les galeries graffiti, sponsorisez les jeunes créateurs urbains et sirotez une blonde Quilmes en pratiquant votre espagnol avec un interlocuteur aux doigts tachés de peinture…Vous aurez ainsi exploré le nord de la ville en quelques heures: les quartiers de Palermo, Colegiales, Villa Crespo, San Telmo, Barracas, Boedo…

par LomoRenaud

photo par LomoRenaud

BLU, l’un des artistes les plus impressionnants de la scène actuelle, engloutit des centaines de mètres de béton et d’asphalte dans ses animations image par image. Voici son audacieuse dernière vidéo, MUTO: une poétique claque urbaine.

Buenos Aires est sans aucun doute une des capitales mondiales du graffiti, sur les talons de New York et Philadelphie. Et du côté de chez vous? Sentez-vous les frémissements vandales de votre ville? Partagez vos photos sur tripwolf et faites-nous découvrir ce que le citadin lambda oublie de voir sur son trajet quotidien…

À lire: Graffiti Argentina, Maximiliano Ruiz, Éditions Thames & Hudson, 2008.

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La Photo du Mois

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Félicitations à Darian pour sa photo, qui remporte le titre de photo du mois. Son cliché du Pérou apparaitra dans la newsletter de décembre, représentant notre communauté de férus voyageurs.

Le mois prochain, nous sélectionnerons une photo prise en Argentine! Vous êtes fier(e) de vos photos de voyage? Ajoutez-les à notre galerie photo Argentine, sans oublier de voter!

“J’ai pris cette photo lors d’une randonnée d’un mois sur le “Gringo Trail” en octobre 2008. Après le classique survol des lignes de Nazca, nous avions toute une journée d’attente jusqu’au départ de notre bus de nuit pour Arequipa. Nous en avons donc profité pour prendre un taxi et aller voir les momies pré-incas. 20 minutes plus tard, nous étions arrivés: étonnamment peu de touristes, bien que le site soit bien adapté aux visites. Le lieu de sépulture est relativement grand, une douzaine de tombes ont été restaurées. Les momies sont dans un état de conservation exceptionnel car les tombes ont été scellées avec un bois local, protégeant les corps du soleil et de l’humidité.” — Darian

Visitez notre galerie de photos du mois par ici.

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Et pourquoi pas la Chine au Pérou?

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Cette année du rat 2009 signe les 160 ans de la communauté chinoise au…Pérou. La República del Perú possède une des plus anciennes communautés asiatiques d’Amérique latine – forte d’1,5 million de tusán (« chinois » dans le dialecte local), représentant 5% de la population péruvienne totale.

Photo par Thom Quine, Wikipedia

Photo par Thom Quine, Wikipedia

Aujourd’hui joyeusement fêté, le micro-mythe des premiers immigrés chinois est pourtant un tissu de tragédies personnelles et le reflet doré d’un épisode amer de l’histoire de l’esclavage moderne. Force de travail exploitée dans les années 1860 dans les mines de guano et les plantages de canne à sucre, gonflée cent ans plus tard d’une vague de fugitifs politiques post-ère communiste: voici la fibre douloureuse qui durcit la peau des sino-péruviens.

La capitale Lima arbore depuis un chinatown coloré, le Barrio Chino ou Calle Capón, et est devenue un des hauts lieux de la cuisine chifa (de chī fàn, « repas » en mandarin). Et étonnante chinoiserie: le vocabulaire quotidien péruvien s’est enrichi du mot « chaofa », lui aussi dérivé du mandarin, et désignant un plat de riz sauté – inattendu cousin de l’américanisme (faussement chinois) « chop suey ».

Barrio Chino par Daquella Manera

Barrio Chino par Daquella Manera

Un voyage au Pérou peut donc être plus asiatique que prévu: en achetant votre bouteille d’Inca Kola et quelques épis du national maïs violet « maíz morado », vous pénétrerez peut-être dans un des temples de la sino-latino attitude…La chaîne de supermarchés leader du pays n’est autre qu’un petit commerce du quartier liméen de San Isidro, tenu autrefois par le vénérable Erasmo Wong et devenu géant du paysage économique latino-américain.

Canards à Lima par Phoosh

Canards à Lima par Phoosh

La peau mordorée et les yeux en amande des descendants des coolies chinois, les effluves de canard laqué et le rouge flamboyant des devantures de magasins « Fabriqués en Chine » participent à l’explosion d’images, d’odeurs et de sensations que le Pérou vous offrira le temps d’un voyage à travers les époques et les continents.

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Viennoiseries

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Alors voilà: après avoir poussé une première porte en verre, entr’aperçu la trace de buée laissée par votre main transie de froid sur la vitre et écarté un triste rideau de feutre brun, vous sentez vos narines se gonfler d’une lourde odeur de fumée, de café et d’apfelstrudel encannellé. Vos joues rougissent de plaisir et vos mains prennent un coup de chaud. Vous êtes en Autriche, à Vienne et venez de pénétrer dans un de ses aussi confortables que légendaires cafés.

Naber Kaffee par Holada

Merci à Holada

Celui-ci, vous l’avez bien choisi, vous abrite sous son plafond rose, blanc et doré et le velours fatigué de ses banquettes laisse voir, impudique, sa trame tout usée. Mirettes, papilles et oreillettes réveillées, vous pensez à ce que vous allez commander. Un coup d’oeil rapide sur la carte, et déjà un mot s’échappe du maelström germanique: Kaffee. Le deuxième oeil s’allie au premier pour partir à la recherche d’un serveur, qui presque aussitôt entre dans la salle dans son costume trois-pièce noir corbeau – et vous voilà sur le point de comprendre pourquoi l’habit fait le moine. « Herr Ober! » tente un client à votre gauche. Vos souvenirs d’allemand vous reviennent, oui, c’est bien ça, « Ober » signifie donc « Garçon!» et … « supérieur ».

Armez-vous d’indifférence face aux éclats d’humeur noire et maussade que ledit Monsieur Ober s’apprête à laisser s’épanouir sous vos yeux ahuris. L’auriez-vous peut-être dérangé? Ou demandé la lune? Juste le temps de vous abasourdir, le voilà reparti vers d’autres agneaux blancs. « Qu’à cela ne tienne, il doit être de mauvaise humeur », pensez-vous. Sur cette lancée, vous pourriez faire un petit tour des cafés viennois et constater la maussadité chronique des Messieurs Ober. Be my guest: après trois années d’exploration candide de la ville et de fréquentation assidue des Kaffeehäuser, que de centilitres de ma propre salive n’ai-je dû ravaler.

Pourtant, en cette glorieuse semaine de novembre, me voici à nouveau poussant la porte, écartant le rideau, reniflant avec ardeur, et posant avec satisfaction mon délicat sur le velours élimé. Et après plus de 1095 jours de patience, ou 26 280 heures d’attente secrète, j’ai eu la surprise d’être reconnue, saluée et servie avec sourire et plaisanterie, bitteschön.

Une immense clameur m’envahit: « Vienne, Vienne, tu voulais la voir et tu l’as eue! »

(Notons au passage qu’en Autriche, le fameux Ober, affublé d’un s, se métamorphose en un mot délicieux – crème. Fouetté, il devient Schlagobers…)

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